Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/267

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un homme de cette sorte, moi qui connais sa vie, je devrais m’approcher de lui, le prendre à part et lui dire tout doucement : « Mon ami, je sais comment tu vis, comment tu passes tes nuits et avec qui. Ta place n’est pas ici. Ici, il y a des jeunes filles innocentes. Va-t’en. » Il devrait en être ainsi. Or, voici ce qui se passe en réalité : quand un tel homme paraît et danse en enlaçant notre sœur, notre fille, nous nous en réjouissons, s’il est riche et a des relations. Peut-être qu’après Rigolboche il daignera aussi accepter ma fille. Si même il garde des traces de maladie, ce n’est rien. Maintenant on guérit très bien. Oui. Je connais quelques jeunes filles du grand monde qui ont épousé des hommes malades de la syphilis. Oh ! lâcheté ! Oui… Que vienne le temps où tous ces mensonges, toutes ces lâchetés seront dénoncés !

Plusieurs fois il émit son étrange son et but du thé. Le thé était horriblement fort. Il n’y avait pas d’eau pour le rendre plus léger. Je me sentais très agité par les deux derniers verres que j’avais pris. Probablement le thé agissait aussi sur lui parce qu’il paraissait de plus en plus excité. Sa voix devenait de plus en plus chantante et expressive. À chaque instant il changeait de position, tantôt ôtait son bonnet, tantôt le remettait, et son visage se modifiait bizarrement dans cette demi-obscurité où nous nous trouvions.

— Et pourtant c’est ainsi que je vécus jusqu’à