Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/32

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ne pas voir la mauvaise humeur de sa femme ; il invitait chez lui ses collègues, organisait des parties de cartes, ou passait ses soirées au cercle ou chez des amis. Mais un jour, sa femme le prit à partie avec une telle violence et si grossièrement, elle répéta ensuite la même scène avec tant d’acharnement chaque fois qu’il refusait de se soumettre à sa volonté, qu’il en fut épouvanté. Elle était évidemment résolue à persister jusqu’à ce qu’il consentît à rester avec elle à la maison et à partager son ennui. Il comprit que la vie de famille, du moins avec sa femme, loin d’ajouter au charme, à l’harmonie de l’existence, ne faisait au contraire qu’y apporter du trouble.

Et Ivan Ilitch songea aux moyens de se soustraire à cette tyrannie. Ses occupations étaient la seule chose qui inspirait du respect à Prascovie Fédorovna. Ivan Ilitch prétexta ses fonction pour lutter contre sa femme et se créer un monde à soi.

Après la naissance de l’enfant, les tentatives infructueuses d’allaitement, d’autres soucis encore, les maladies réelles et imaginaires de l’enfant et de la mère, réclamèrent l’intervention d’Ivan Ilitch, bien qu’il n’y pût rien. La nécessité de se créer une existence à part lui parut plus impérieuse encore.

À mesure que sa femme devenait plus irritable et plus exigeante, Ivan Ilitch reportait de plus en plus sur son service tout l’intérêt de sa vie. Il