Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/69

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et tous les enthousiasmes de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse. Est-ce que Caïus avait jamais senti l’odeur de la balle en cuir que Vania aimait tant ? Caïus avait-il jamais baisé la main de sa maman ? Avait-il eu du plaisir à entendre le frou-frou de sa robe de soie ? Était-ce lui qui avait fait du tapage pour des petits gâteaux, à l’école ? Était-ce Caïus qui avait été amoureux ? Était-ce lui qui dirigeait si magistralement les débats du tribunal ?

Caïus est mortel, c’est certain, et il est naturel qu’il meure ; mais moi, Vania, Ivan Ilitch, avec tous mes sentiments, toute mon intelligence, moi, c’est autre chose. Il n’est pas du tout naturel que je doive mourir. Ce serait trop affreux.

Il se disait : « Si je devais mourir comme Caïus, je l’aurais su ; une voix intérieure m’en aurait informé ; mais je n’ai jamais rien éprouvé de semblable, et moi, et mes amis, nous comprenions très bien qu’entre nous et Caïus il y avait une grande différence. Et maintenant voilà ce qui arrive ! Non, c’est impossible, impossible, et cela est, cependant. Mais comment, comment comprendre cela ? »

Et en effet, il ne pouvait pas comprendre et s’efforçait d’écarter cette pensée connue, fausse, injuste, maladive, pour la remplacer par d’autres plus saines et plus raisonnables. Mais cette pensée revenait de nouveau et se dressait devant lui,