Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/74

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un soulagement ; mais bientôt le mal devint plus aigu.

Conformément aux prescriptions du médecin on lui préparait des aliments spéciaux, qu’il trouvait de plus en plus mauvais, et de plus en plus écœurants.

Pour ses selles, on avait pris également des dispositions spéciales et chaque fois, c’était pour lui une nouvelle torture, tant à cause de la saleté, de l’inconvenance, de l’odeur, qu’à cause de la nécessité de se faire aider par quelqu’un.

Mais justement de ces ennuis si pénibles, survint pour Ivan Ilitch une consolation.

C’était Guérassim, l’aide sommelier, qui était chargé de nettoyer son vase.

Guérassim était un paysan propre, sain, bien nourri par ses maîtres. Il était toujours gai et content. D’abord la vue de cet homme, toujours propre dans son costume russe, faisant une besogne aussi répugnante, gêna Ivan Ilitch.

Un jour, s’étant relevé de son vase, il n’eut pas la force de tirer son pantalon et tomba sur un fauteuil. La vue de ses cuisses nues, amaigries, l’épouvanta. À ce moment, Guérassim, chaussé de bottes épaisses, entra de son pas léger, assuré, apportant avec lui une odeur agréable de goudron et d’air frais. Il avait un tablier propre, une chemise d’indienne dont les manches retroussées découvraient ses bras jeunes, robustes et nus, et, sans regarder