Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/288

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batzky », comme il l’appelait, était bien envahissant. La vieille maison, déserte si longtemps, n’avait presque plus de chambre inoccupée ; chaque jour, en se mettant à table, la princesse comptait les convives, afin de ne pas risquer d’être treize, et Kitty, en bonne ménagère, mit tous ses soins à s’approvisionner de poulets et de canards, pour satisfaire aux appétits de ses hôtes, que l’air de la campagne rendait exigeants. La famille était à table, et les enfants projetaient d’aller chercher des champignons avec la gouvernante et Warinka, lorsque, au grand étonnement de tous, Serge Ivanitch témoigna le désir de faire partie de l’expédition.

« Permettez-moi d’aller avec vous, dit-il en s’adressant à Warinka.

— Avec plaisir », répondit celle-ci en rougissant. Kitty échangea un regard avec Dolly. Cette proposition confirmait une idée qui les préoccupait depuis quelque temps.

Après le dîner les deux frères causèrent, tout en prenant la café, mais Kosnichef surveillait la porte par laquelle les promeneurs devaient sortir, et, dès qu’il aperçut Warinka, en robe de toile, un mouchoir blanc sur la tête, il interrompit la conversation, avala le fond de sa tasse, et s’écria : « Me voilà, me voilà, Barbe Andrevna. »

« Que dites-vous de ma Warinka ? N’est-ce pas qu’elle est charmante ? dit Kitty, s’adressant à son mari et à sa sœur, de façon à être entendue de Serge Ivanitch.