Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/348

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coin, nous serons plus près l’une de l’autre. J’espère que tu resteras quelque temps avec nous, dit-elle à Dolly. Un seul jour ? C’est impossible.

— Je l’ai promis à cause des enfants, répondit celle-ci, troublée de la chétive apparence de son pauvre petit sac de voyage et de la poussière dont elle se sentait couverte.

— Oh ! c’est impossible, Dolly, ma chérie ; enfin nous en reparlerons. Montons chez toi. »

La chambre qui lui fut offerte avec des excuses, parce que ce n’était pas la chambre d’honneur, avait un ameublement luxueux qui rappela à Dolly les hôtels les plus somptueux de l’étranger.

« Combien je suis heureuse de te voir ici, chère amie, répéta encore Anna, s’asseyant en amazone auprès de sa belle-sœur. Parle-moi de tes enfants : Tania doit être une grande fille ?

— Oh oui, répondit Dolly, étonnée de parler si froidement de ses enfants. Nous sommes tous chez les Levine, et très heureux d’y être.

— Si j’avais su que vous ne me méprisiez pas, je vous aurais tous priés de venir ici ; Stiva est un ancien ami d’Alexis, dit Anna en rougissant.

— Oui, mais nous sommes si bien là-bas, répondit Dolly confuse.

— Le bonheur de te voir me fait déraisonner, dit Anna l’embrassant tendrement. Mais promets-moi d’être franche, de ne rien me cacher de ce que tu penses de moi, maintenant que tu assisteras à ma vie telle qu’elle est. Ma seule idée, vois-tu, est de vivre sans faire de mal à personne qu’à moi--