Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/99

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santé de madame, et demanda l’opinion du docteur sur l’état de baby.

« Le docteur n’a rien trouvé de fâcheux : il a ordonné des bains.

— Elle souffre cependant, dit Alexis Alexandrovitch, écoutant crier l’enfant dans la chambre voisine.

— Je crois, monsieur, que la nourrice n’est pas bonne, répondit l’Anglaise d’un air convaincu.

— Qu’est-ce qui vous le fait croire ?

— J’ai vu cela chez la comtesse Pahl, monsieur. On soignait l’enfant avec des médicaments, tandis qu’il souffrait simplement de la faim ; la nourrice manquait de lait. »

Alexis Alexandrovitch réfléchit et, au bout de quelques instants, entra dans la seconde pièce. La petite fille criait, couchée sur les bras de sa nourrice, la tête renversée, refusant le sein, et sans se laisser calmer par les deux femmes penchées sur elle.

« Cela ne va pas mieux ? demanda Alexis Alexandrovitch.

— Elle est très agitée, répondit à mi-voix la bonne.

— Miss Edwards croit que la nourrice manque de lait, dit-il.

— Je le crois aussi, Alexis Alexandrovitch.

— Pourquoi ne l’avoir pas dit ?

— À qui le dire ? Anna Arcadievna est toujours malade », répondit la bonne d’un air mécontent.

La bonne était depuis longtemps dans la maison, et ces simples paroles frappèrent Karénine comme une allusion à sa position.