Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/37

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Ainsi parlèrent et parlent les adversaires de la tolérance religieuse.

Et ses partisans affirment qu’il est injuste d’empêcher par la force de professer des religions qui sont en désaccord avec l’orthodoxie, et que la division qu’établissent les adversaires de la tolérance religieuse entre la croyance et le culte extérieur n’a aucune base, puisque toute croyance se manifeste inévitablement par des actes extérieurs.

En outre, disaient-ils, pour l’Église vraie, fondée par le Christ et qui a sa promesse que personne ne prévaudra contre elle, il ne saurait y avoir aucun danger dans la propagation du mensonge par un petit nombre d’hérétiques ou d’apostats, d’autant plus que les persécutions elles-mêmes n’atteignent pas leur but, puisque le martyre ne fait qu’affaiblir l’autorité morale de l’Église opprimante et augmenter la force des opprimés.


II


Les partisans de la tolérance religieuse disent que l’Église, en aucun cas, ne doit avoir recours à la violence contre ceux qui ne sont pas d’accord avec elle et professent d’autres religions. L’Église ne doit pas employer la violence ! Mais ici, involontairement, se pose la question : comment l’Église peut-elle employer la violence ?

L’Église chrétienne, d’après sa propre définition, est une société d’hommes, établie par Dieu, et dont le but est de transmettre aux hommes la vraie religion pour les sauver dans ce monde et dans l’autre.