Page:Tolstoï - Qu’est-ce que l’art ?.djvu/151

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semble à celle de l’art, et, pour peu qu’elles soient conformes à d’autres conditions importantes, elles trouvent moyen de passer pour de l’art auprès de ceux qui ne cherchent dans l’art que le seul plaisir. Les sujets empruntés à des œuvres d’art antérieures s’appellent, en général, des sujets poétiques. Les personnes ou choses empruntées de la même façon s’appellent des personnes ou des choses poétiques. C’est ainsi que, dans notre société, on s’accorde à considérer comme des sujets poétiques toute sorte de légendes, de sagas, et de traditions anciennes. Au rang des personnes et des choses poétiques nous avons l’habitude d’admettre les jeunes filles, les guerriers, les pâtres, les ermites, les anges, les démons, le clair de lune, le tonnerre, les montagnes, la mer, les précipices, les fleuves, les longs cheveux, les lions, les agneaux, les colombes et les rossignols. D’une façon plus générale, on tient pour poétique tout ce qui a été le plus souvent traité par les artistes des générations précédentes.

Je me rappelle que, il y a une quarantaine d’années, une dame, morte depuis, personne tout à fait sotte, mais d’une très haute culture et ayant beaucoup d’acquis, me pria d’entendre la lecture