Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/104

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trice des innombrables victimes que le hasard avait mises à portée de sa main. Cela dit, le substitut se rassit d’un air victorieux.

Le président demanda alors aux prévenus ce qu’ils avaient à ajouter pour leur défense.

Euphémie Botchkov répéta, une dernière fois, qu’elle ne savait rien, n’avait rien fait, et que seule la Maslova était coupable de tout.

Simon se borna à redire :

— Qu’il en soit comme vous voudrez, mais je suis innocent !

Quand vint le tour de la Maslova, elle ne dit rien. Le président lui ayant demandé ce qu’elle avait à ajouter pour sa défense, elle leva simplement les yeux sur lui, puis les promena sur toute la salle, comme une bête traquée ; et puis elle les baissa de nouveau et se mit à pleurer avec de grands sanglots.

— Qu’avez-vous ? — demanda le marchand à son voisin Nekhludov, qui venait de faire entendre brusquement un cri singulier. Ce cri était, en réalité, un sanglot. Mais Nekhludov ne se rendait toujours pas compte de sa situation nouvelle, et c’est à la tension de ses nerfs qu’il attribua ce sanglot imprévu, comme aussi les larmes dont ses yeux étaient inondés.

La crainte de l’opprobre dont il ne manquerait pas d’être couvert si tout le monde, là, dans la salle du tribunal, apprenait sa conduite à l’égard de la Maslova, cette crainte l’empêchait d’avoir conscience du travail intérieur qui, peu à peu, se faisait en lui.


IV


Quand les prévenus eurent achevé de dire « ce qu’ils avaient à dire pour leur défense », on s’occupa de rédiger les questions qui seraient posées aux jurés. Et, aussitôt après, le président commença son résumé des débats.