Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/344

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presque mot pour mot ce que disait alors la ville entière.

Nekhludov se leva pour prendre congé.

— Si cela vous convient, venez déjeuner avec moi un de ces jours ! — lui dit Wolff en lui tendant la main.

L’heure était déjà si avancée que Nekhludov, remettant au lendemain la suite de ses démarches, rentra chez lui, c’est-à-dire chez sa tante.


IV


Il y avait, ce soir-là, six personnes à table chez la comtesse Catherine Ivanovna : le comte, la comtesse, leur fils, — un jeune officier de la garde, maussade, hargneux, et qui mangeait avec les coudes sur la table, — Nekhludov, la lectrice française, et l’intendant du comte.

La conversation, naturellement, tomba tout de suite sur la mort du jeune Kamensky, Tout le monde excusait Posen, qui avait défendu l’honneur de l’uniforme. Seule, la comtesse Catherine Ivanovna, avec sa façon de parler libre et irréfléchie, se montra sévère pour le meurtrier.

— S’enivrer, et puis tuer de charmants jeunes gens, jamais je n’excuserai cela ! — déclara-t-elle.

— Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ! — fit son mari.

— Oui, je sais ! Toi, jamais tu ne comprends ce que je veux dire ! — répondit la comtesse, se tournant vers Nekhludov comme pour le prendre à témoin. — Tout le monde me comprend, excepté mon mari. Je dis que je plains la mère de celui qu’il a tué, et que je ne puis admettre que, ayant tué Kamensky, cet homme ne tire de là, par la suite, que des agréments.

À ce moment le fils de la comtesse, qui jusqu’alors n’avait rien dit, intervint pour prendre la défense de Posen. Assez grossièrement, il s’attaqua aux paroles de sa mère, et se mit en devoir de lui démontrer qu’un officier était tenu d’agir comme avait agi Posen, ajoutant