Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/533

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— Eh bien, oui, en partie !

— Et comment pourrais-je disparaître en partie ?

— Je m’aperçois que je n’ai pas répondu à votre première question, — reprit-elle, cherchant évidemment à détourner l’entretien. — Je voulais vous dire que Katia doit certainement s’être rendu compte de cet amour exalté que Simonson éprouve pour elle, bien que lui, jamais, ne lui en ait parlé. Comme vous savez, je ne m’entends pas beaucoup à ces questions-là ; mais j’ai l’impression que ce sentiment n’est rien d’autre que l’amour le plus ordinaire, malgré tous les beaux semblants dont il est revêtu. Vladimir prétend que son amour est tout platonique, qu’il a pour effet de relever en lui l’énergie, au lieu de la rabaisser. Mais, moi, je sens bien que, au fond, ce n’est rien de tout cela, que c’est simplement un désir physique, comme celui qui attire Novodvorov vers Lubka Grabetz…

Et Marie Pavlovna allait s’étendre sur ce thème, qui lui était cher ; mais Nekhludov l’interrompit.

— Enfin, que me conseillez-vous de faire ? — demanda-t-il.

— Je crois que vous devriez tout d’abord parler de tout cela avec Katia. S’expliquer à fond, c’est toujours la meilleure méthode. Entendez-vous avec Katia ! Voulez-vous que je vous l’envoie ici ?

— Oui, je vous en prie ! — dit Nekhludov.

Et Marie Pavlovna sortit.


D’étranges sentiments agitaient l’âme de Nekhludov, — pendant qu’il restait seul dans la petite chambre, entendant près de lui le souffle régulier de Vera Efremovna, et, plus loin, le vacarme incessant des condamnés de droit commun. Ce que venait de lui dire Simonson avait pour avantage de l’affranchir de l’obligation qu’il avait prise sur lui, et qui, bien souvent, dans les derniers temps encore, lui avait semblé effrayante et lourde. Et cependant ce que venait de lui dire