Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/74

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Pavlovna, la vieille gouvernante, disant qu’elle se préparait à se rendre à l’église avec Katucha, pour assister à la messe de nuit et à la bénédiction des pains. — « J’irai, moi aussi ! » se dit Nekhludov.

Impossible de songer à faire le trajet en voiture, ni en traîneau. Nekhludov fit seller le vieux cheval qui, jadis, lui servait pour ses promenades ; il revêtit son brillant uniforme, endossa son manteau d’officier ; et, sur la vieille bête trop nourrie, alourdie, et qui ne cessait pas de hennir, dans la nuit, à travers la neige et la boue, il se rendit à l’église du village.


IV


Cette messe de nuit devait rester toujours, pour Nekhludov, un des plus doux et des plus forts souvenirs de sa vie.

Quand, après une longue course dans les ténèbres qu’éclairait seulement, par places, la blancheur de la neige, il pénétra enfin dans la cour de l’église, le service était déjà commencé.

Les paysans, reconnaissant dans le cavalier le neveu de Marie Ivanovna, le conduisirent dans un endroit sec ou il pût descendre, emmenèrent son cheval, et lui ouvrirent la porte de l’église. L’église était déjà pleine de monde.

Sur la droite se tenaient les hommes. Les vieux, en vestes qu’eux-mêmes avaient cousues, les jambes entourées de bandes de toile blanche ; les jeunes, en vestes de drap neuves, une écharpe claire autour des reins, de grandes bottes aux pieds. Sur la gauche se tenaient les femmes, la tête couverte de fichus de soie, vêtues de camisoles de velours, avec des manches rouge vif et des jupes bleues, vertes, rouges, les pieds chaussés de souliers ferrés. Les plus vieilles s’étaient placées dans le fond, modestement, avec leurs fichus blancs et leurs