Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/178

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Ces traits, qui ne se rapportent qu’à l’une des habitudes de mon oncle, suffisent à donner l’idée de l’honnête simplicité qui présidait à tous les actes de sa vie solitaire ; mais ils ne donnent aucunement la mesure de la bonté également simple de son cœur, et je me trouve embarrassé pour la peindre sans lui ôter son charme, sans risquer de faire prendre pour des vertus ce qui était chez lui nature, manière d’être. Dirai-je que, demeuré mon protecteur par la mort de mes parents, qui avaient laissé quelques engagements à remplir, jamais il ne lui était entré dans l’esprit que ce ne fût pas sa plus naturelle affaire que d’y satisfaire en entamant ses modiques capitaux ? dirai-je que jamais il n’imagina un instant que je n’eusse pas droit à tous ses sacrifices, sans même qu’il examinât si j’en étais toujours digne, si j’étais docile à ses directions, ou reconnaissant de ses bienfaits ? Mais, aux yeux de plusieurs, ces choses paraissent des devoirs tout tracés, et la bonté se peint mieux peut-être dans des actes plus faciles.

Je suis de cet avis. Aussi regretté-je que la vieille servante qui, durant trente-cinq années, gouverna le petit ménage de mon oncle, ne tienne pas ici la plume à ma place. Moins infirme qu’elle, il trouvait bien plus simple de suppléer lui-même à l’irrégularité de son service que de lui donner une rivale ; et, au lieu d’en concevoir de l’humeur, son habituel mouvement auprès d’elle était de la ragaillardir par quelque propos d’affectueuse gaieté. À la vérité, il la querellait parfois, mais seulement pour n’être pas docile à ses prescriptions ; et, tout en la tyrannisant de par Hippocrate, ce pauvre oncle, changeant en quelque sorte d’office avec elle, était devenu son serviteur. Dans les derniers mois de la vie de cette femme, il lui avait donné sa bonne