Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/194

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dont une gracieuse réserve tempérait la reconnaissante affection.

— J’espère, me dit-elle enfin, que, plus heureux que moi, vous possédez encore monsieur votre oncle… — Il vit, lui dis-je, mais l’âge s’accumule et le courbe vers la terre… Que de fois, mademoiselle, je songeais à votre père !… et chaque jour je comprenais mieux votre tristesse.

Lucy, se tournant alors vers un monsieur qui était assis auprès d’elle, lui expliqua brièvement, en anglais, le hasard auquel elle avait dû de faire ma connaissance et celle de mon oncle, cinq années auparavant, et comment ma vue, en lui rappelant vivement une journée où son père avait été si heureux et si aimable, lui avait causé cette émotion. Elle ajouta quelques mots d’éloge envers moi et envers mon oncle ; et, lorsqu’elle parla de ma condition d’orphelin, je retrouvai dans son expression et dans ses paroles cette compassion qui autrefois m’avait tant ému. Quand elle eut achevé ce récit, le monsieur, qui paraissait ne pas parler français, me tendit la main avec une expression d’affectueuse estime.

Alors Lucy, s’adressant à moi : — Monsieur est mon époux ; c’est le protecteur et l’ami que m’a choisi mon père lui-même… Depuis ce jour où vous le vîtes, monsieur Jules, je ne devais plus le conserver longtemps… Dieu l’a retiré dix-huit mois après… Plus d’une fois il avait souri en se rappelant votre histoire… En quelque temps, ajouta-t-elle, que vous ayez un malheur semblable au mien, je vous prie de m’en instruire… Je veux saluer votre oncle… Quel âge a-t-il ?

— Il entre, madame, dans sa quatre-vingt-cinquième année.