Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/84

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J’allais y songer, lorsqu’il se fit quelque bruit dans la chambre à côté. Je regardai par le trou de la serrure : c’était le chat de la voisine qui avait guerre avec un énorme rat.




Je pris parti d’abord pour le chat, qui était de mes amis ; et je vis que l’appui de mes vœux ne lui serait pas inutile ; car, déjà blessé au museau, il attaquait timidement un ennemi bien déterminé. Cependant, quand j’eus assisté quelques instants à la lutte, le courage et l’habileté du faible, en face d’un adversaire si terrible, commencèrent à attirer ma sympathie ; en sorte que je résolus de garder une stricte neutralité.

Mais j’éprouvai qu’il était bien difficile d’être neutre, c’est-à-dire indifférent entre le chat et le rat, surtout lorsque j’eus reconnu que ce rat et moi nous nous trouvions être du même bord en matière d’Elzévirs. En effet, l’animal s’était retranché dans le creux même que ses dents lui avaient préparé au sein d’un gros in-folio gisant sur le plancher. Je résolus de le sauver ; et aussitôt, ayant lancé contre la porte un violent coup de pied pour effrayer le matou, je réussis si bien, que la serrure sauta et la porte s’ouvrit.




Il n’y avait plus que l’in-folio : l’ennemi, disparu ; de mon allié, pas de nouvelles. Cependant j’étais compromis.

Cette chambre était une succursale de la bibliothèque de mon oncle, pour lors absent ; un réduit poudreux, garni alentour de bouquins. Au milieu, une machine électrique délabrée, quelques tiroirs de mi-