Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 1, 1871.djvu/84

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officiers, et la terminaient dans l’industrie… comme chevaliers. — M. Dupanloup fut ordonné prêtre en 1824, et grâce à de hautes protections (Comment !… dans ce métier-là aussi ?…) fut bientôt nommé vicaire à la Madeleine et confesseur du duc de Bordeaux, alors âgé de huit ans. Il inculqua à son jeune client ce respect profond des traditions antédiluviennes du droit divin, qui, depuis, devaient, pendant un demi-siècle, le faire vivre d’espoir sans cesser de nous faire mourir de rire. — Il fut plus tard nommé directeur du petit séminaire de Saint-Nicolas où, comme tous ses camarades, il avait appris, étant jeune, l’art de regarder les femmes en dessous et ouvrit en 1834 les conférences de Notre-Dame, où son talent dans un autre genre, — quelques-uns disent dans le même, — contrebalança les succès des comédiens les plus en vogue de l’époque. — En 1841, M. Dupanloup fit son premier voyage à Rome, voyage qu’il devait renouveler si souvent depuis. Plusieurs opinions différentes ont été émises à propos de ces fréquentes entrevues entre M. Dupanloup et le pape ; la plus accréditée… à nos yeux est celle-ci : l’évêque d’Orléans et le descendant de saint Pierre auraient fait ensemble, dès 1839, une gageure importante. L’objet du pari serait, dit-on, de savoir lequel des deux augures regardera le plus longtemps l’autre sans rire : déjà vingt-trois rencontres ont eu lieu sans résultat ; aussitôt qu’ils s’aperçoivent, ils pouffent de rire en même temps. — En 1848, M. Dupanloup s’aperçut qu’il s’était trompé de vocation, il se sentit tout à coup l’étoffe d’un journaliste hargneux, beaucoup plus que celle d’un pasteur tolérant. Il n’abandonna pas pour cela l’état ecclésiastique qui lui rapportait plus de trois sous la ligne ; mais il se fit de son goupillon un manche de porte-plume et commença la série de ces éreintements à l’encre bénite dont seuls trouvent le secret les représentants sur la terre du Dieu d’amour et de charité. — Il prit la direction du journal l’Ami de la Religion et combattit l’Univers et les brutales franchises de Louis Veuillot, dont il partageait au fond les abrutissants principes. — Le 6 avril 1849 il fut nommé évêque d’Orléans et désigné presque aussitôt par M. de Falloux, alors ministre de l’ignorance publique, pour faire partie de la commission chargée d’élaborer un projet de loi sur l’enseignement. Comme on peut facilement le pressentir, à moins d’être un lecteur assidu et infortuné de la Patrie, M. Dupanloup, au sein de cette commission, n’employa pas exclusivement son influence à faire remplacer dans les écoles le catéchisme par un bon cours d’économie politique et morale. Du reste, il fallait s’y attendre ; tant que l’on confiera le soin de nous apprendre quelque chose aux gens qui ont intérêt à ce que nous ne sachions rien, on peut compter sur un résultat analogue à celui qu’on obtiendrait en désignant une commission d’escargots pour organiser des courses de vélocipéde. À partir de ce moment M. Dupanloup donna un libre cours à son penchant pour le journalisme et le métier de brochurier ; chaque question politique qui surgissait lui devait quelque chose. Pen-