Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 2, 1872.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comment ce phénomène de génération a pu se produire. Tout ce que l’on sait jusqu’ici, c’est que neuf mois avant leur naissance, par une chaude nuit d’été, leur père s’étant assoupi au milieu d’une conversation qu’il avait avec sa femme, se réveilla deux minutes après, et que, ne se souvenant plus au juste a quel endroit il on était resté, il recommença la phrase toute entière. — Quand Millie et Christine vinrent au monde, de grands embarras se présentèrent : d’abord, on n’avait préparé qu’une seule layette. Ensuite, lorsqu’il fallut aller les déclarer à l’état-civil, il y eut un conflit. Millie était très-bien portante, mais Christine se trouvait un peu faible ; le médecin de la localité ayant constaté que l’une pouvait être transportée à la mairie, tandis que l’autre devait être reconnue à domicile, a cause de son état maladif, l’employé de l’hôtel-de-ville, qui était quinteux comme tous les gens payés par les contribuables, vint bien dresser l’acte de naissance de Christine chez ses parents, mais ne voulut pas rédiger, par la même occasion, celui de Millie, prétendant que le médecin l’avait reconnue en état d’être transportée dans ses bureaux. On raconte même a ce sujet que ce trait de haute intelligence administrative étant parvenu à la connaissance de M. Jules Ferry, le premier soin de ce dernier, lorsqu’il fut, en 1870, investi des fonctions de maire de Paris, fut de télégraphier dans la Caroline du Nord pour demander si on ne pourrait pas lui envoyer une centaine d’employés de ce calibre pour l’aider organiser les fameuses queues de boucheries. Nous ne savons pas si l’Amérique a pu satisfaire au vœu de M. Jules Ferry, mais à la façon dont il a administré la capitale et tiré parti des ressources qu’elle contenait, nous avons toujours pensé qu’une forte cargaison d’employés de la Caroline du Nord lui était arrivée à temps. — Un peu plus tard, de nouvelles complications surgirent dans l’éducation élémentaire des sœurs Millie et Christine. On eut toutes les peines du monde a les rendre propres, parce que, certaine de leurs fonctions naturelles s’opérant par un appareil… solidaire, il était impossible a leur mère de savoir le matin, en les changeant, laquelle des deux avait déshonore le maillot de la communauté. — Les deux sœurs, cependant, se développèrent et grandirent dans d’assez bonnes conditions. Millie surtout était très-raisonnable, et quand ses parents la laissaient seule à la maison avec sa sœur, elle veillait sur cette dernière avec une tendre sollicitude. Elle ne lui permettait pas de s’éloigner, et lui disait souvent : « Christine, tu sais que maman « veut que tu restes à la maison ; si tu sors, je vais aller la « prévenir. » — On les mit en classe ou elles reçurent une instruction élémentaire assez convenable. Leurs forces augmentaient dans les mêmes proportions ; quand elles jouaient a courir, elles arrivaient presque toujours au but en même temps. — Elles s’aimaient beaucoup. Cependant, Christine était d’un naturel assez taquin et ne laissait échapper aucune occasion de faire une niche à sa sœur. Ainsi, par exemple, son plus grand