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que Procope sur la Genèse approuvent ce sentiment de S. Basile. Les Cartésiens ont imaginé tout ce qu’ils ont pu pour détruire cette Doctrine des accidens absolus ; mais ils n’ont rien inventé qui satisfasse. Ils disent que sans qu’il reste rien, Dieu fait sur nos sens les mêmes impressions que faisoient le Pain & le Vin avant la consécration. Mais c’est là rejetter la Doctrine de l’Eglise, & au lieu d’une vraie conversion, ne reconnoître qu’une simple substitution. D’autres soutiennent que tous les corps ont beaucoup de matière hétérogène, d’air & d’autres corpuscules renfermés dans leurs pores ; que quand le Pain est détruit, cette matière, qui n’est point du Pain, subsiste ; que Dieu par miracle la conserve dans le même arrangement, qu’elle avoit dans les pores du Pain, avant qu’il fût détruit ; qu’ainsi elle doit produire les mêmes sensations que produisoit le Pain. Mais on répond à cela que c’est encore là n’admettre qu’une pure substitution, & non point une véritable conversion ; que d’ailleurs dans les principes mêmes des Cartésiens toute cette explication doit être fausse ; que l’espace qu’occupoient avant la consécration les parties solides de la substance du Pain & du Vin, ou demeure vuide après la consécration, ou se remplit de quelque autre substance, qui n’est pas du Pain, ni du Vin ; que soit qu’il demeure vuide, soit qu’il se remplisse de quelque autre substance, ce n’est plus le même tissu, ni le même arrangement de parties, puisque ce n’est plus du Pain ni du Vin ; qu’ainsi selon les Cartésiens mêmes ce ne doit plus être les mêmes sensations. De plus, que les parties du Pain n’étant point disposées, ni figurées de la même manière que celles du corps de Jesus-Christ, les pores ne peuvent être non plus disposés de même ; que cela étant il ne se peut faire que la matière interceptée dans les pores du Pain & du Vin, & conservée après la consécration dans la même situation, réponde exactement aux pores du Corps de Jesus-Christ ; qu’en plusieurs endroits elle tombera sur des parties solides ; qu’alors il faut de deux choses l’une ; ou que pour conserver toujours le même arrangement de cette matière, il y ait pénétration de plusieurs de ses parties avec des parties solides du Corps de Jesus-Christ, ce qui n’est pas possible dans les principes de Descartes ; ou que la disposition & l’arrangement se change, & que ce ne soient plus les mêmes sensations, ou impressions sur nos sens, ce qui est faux. Voyez la lettre d’un Philosophe à un Cartésien de ses amis. La substance corporelle ne se peut séparer de ses accidens. Qui vous l’a dit ? Etiez-vous du Conseil de Dieu, quand il tiroit du néant les substances & les accidens ? Peliss.

☞ Il est donc évident qu'on ne peut soûtenir aucun des sentimens rapportés ci-dessus. Car l'Eucharistie est un Sacrement, c'est-à-dire un Signe sensible où on ne peut pas dire, 1°. que cette sensibilité vienne du Corps de Jesus-Christ immédiatement, puisque la foi de l'Eglise est que J. C. n'est présent dans l'Eucharistie, que d'une maniére insensible par rapport à nous ; à la maniére des esprits. De plus, on ne rompt point le Corps de J. C. on ne le brise point avec les dents, &c. cependant si la sensibilité qui paroît dans l'Eucharistie, vient du Corps de J. C. immédiatement, il faut le dire nécessairement. 2°. Elle ne vient point non plus de la substance hétérogène qui étoit cachée dans les pores du pain & du vin avant la Consécration, & que Dieu conserve après dans le même arrangement & la même situation ; car il ne paroît pas le moindre changement à nos sens après la Consécration, or suivant cette explication, il faudroit nécessairement qu'il nous parût un changement très-grand après la Consécration : car avant la Consécration cette matiére hétérogène jointe avec le pain, n'excitoit dans nous qu'une certaine sensation : donc après la Consécration la sensation doit être différente, puisque par la Consécration on ôte ce qu'il y a de plus sensible, & ce qui fait incontestablement le plus d'impression sur nous. En effet, ou les petits espaces qu'occupoient les parties du pain & du vin demeurent vuides, ou ils sont remplis d'une autre matiére ; s'ils demeurent vuides, la sensation doit être différente ; s'ils sont remplis par une autre substance,


il faut encore qu'il y ait du changement, puisque cette substance étrangère n'aura pas le même arrangement de parties qu'avoient le pain & le vin ; que si elle avoit précisément le même arrangement, ce seroit pour-lors, comme en conviennent tous les Philosophes, du pain & du vin, puisque les corps ne diffèrent entr'eux que par le différent arrangement de leurs parties. 3°. Enfin on ne peut pas dire que cette sensibilité vienne de Dieu : car l'Eucharistie est en elle-même un Sacrement, & par conséquent un Signe sensible ; donc elle a sa sensibilité indépendamment de nos sens : donc sa sensibilité ne vient point des impressions que Dieu exciteroit dans nos sens. D'ailleurs l'Eucharistie est un Sacrement, ou un signe sensible tout comme les autres Sacremens : or il est certain que ces autres Sacremens sont sensibles en eux-mêmes. De plus, il est de foi que J. C. est réellement présent sous les espéces du pain & du vin, que le corps de J. C. n'est point rompu quand on divise l'Hostie, mais seulement les espéces : or y a-t-il du sens à dire que J. C. est caché sous les impressions de nos sens ; ce mot sous marque un voile à parte rei ? Et qui est-ce qui oseroit dire que nos sensations sont rompues ? Il faut donc conclure nécessairement que l'Eucharistie n'est un signe sensible ou Sacrement, que pour les espéces ou accidens ; que l'Eucharistie nous oblige donc d'en admettre. On peut ensuite, si l'on veut, prouver par l'autorité des Conciles & des Théologiens cette même vérité.

☞ S'il y a des accidens absolus dans l'Eucharistie, donc le pain & le vin les avoient ces mêmes accidens avant la Consécration, donc tous les autres corps en ont pareillement : donc dans tous les corps il y a une quantité, ou grandeur ou extension qui n'est pas matiére, & qui peut être sans la matiére.

Accident, en termes de Médecine, est la même chose que symptome, & se dit de tout ce qui arrive de nouveau à un malade, soit en bien, ou en mal. Symptoma. Le remède travailla de telle sorte, que les accidens qui s’ensuivirent fortifierent l’accusation. Vaug. Cette plaie se pourra guérir, s’il ne lui arrive point d’accident ; c’est-à-dire, de fièvre, d’inflammation, ou d’autre symptome.

Par Accident, manière de parler adverbiale. Fortuitò. Elle marque une chose arrivée par malheur, ou un évènement qu’on ne devoit pas naturellement attendre. Le Prince a l’humeur bienfaisante, & s’il fait du mal, ce n’est que par accident. En termes de Philosophie, par accident, per accidens, signifie ce qui ne suit pas de la nature d’une chose, mais de quelque qualité accidentelle qu’elle a, & il est opposé à de soi ; per se, autre manière de parler semblable qui marque ce qui suit de l’essence & de la nature d’une chose. Ainsi le feu brûle de soi, per se, & entant qu’il est feu, & non pas par accident ; mais un fer, même chaud, ne brûle que par accident, par une qualité accidentelle qui lui est ajoûtée ; & non pas de soi & entant qu’il est fer.

ACCIDENTEL, ELLE. adj. Qui n’est pas de l’essence d’une chose, ce qui est indifférent à un sujet. Adventitius. La blancheur est accidentelle au marbre, la chaleur au fer.

Point Accidentel. Terme de Perspective, c’est un point dans la ligne horizontale, ou les projections des lignes parallèles entr’elles, mais non perpendiculaires à la Peinture, se rencontrent. Accidentale punctum. Harris.

ACCIDENTELLEMENT. adv. Par accident. Ce n’est qu’accidentellement qu’un homme est blanc ou noir, grand ou petit. On ne s’en sert guère qu’en termes de Philosophie.

ACCISE. s. f. Terme de Relation. C’est une certaine taxe, ou impôt qu’on leve dans les Provinces-Unies sur le vin, la bière, & sur la plûpart des choses qui se consument. On condamne à de grosses amendes ceux qui fraudent les accises. Ce mot vient du Latin, disent les Jésuites d’Anvers, Acta. Sanct. April. T. iii. p. 738, de accidere, tailler, parce que c’est une taille, un retranchement. On trouve en Latin moderne Accisia, pour la taille.

ACCISME. s. m. Terme proverbial, qui signifie le refus dissimulé des choses dont on a le plus d’envie. Les filles répondent ordinairement par un accisme, lorsqu’on leur parle de mariage. Ce mot vient d’une femme nommée-


mée