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ACQ ACR ACR

Acquit-A-Caution. C’est un billet que les Commis aux Bureaux des entrées dans le royaume délivrent à un particulier qui se rend caution qu’une balle de marchandise sera vue & visitée au bureau de la Douanne du lieu pour lequel elle est destinée ; & pour cet effet ils plombent la balle, afin qu’elle ne puisse être ouverte ni changée en chemin. Et lorsqu’elle est arrivée, vue & visitée, les Commis de la Douanne en donnent leur certificat au dos de l’acquit (ce qui s’appelle décharger l’acquit-à-caution) qui ensuite est renvoyé au particulier qui s’est porté caution, & qui en se représentant se fait décharger de son cautionnement.

Acquit-patent, est un ordre ou mandement du Roi pour faire payer comptant par ses Trésoriers une certaine somme. L’Ordonnance de 1557 défend aux Trésoriers & Receveurs de payer aucunes sommes en vertu d’acquits-patens : toutefois ils ont encore lieu, quand ils sont en bonne forme, comme quand ils sont signés & contre-signés, vérifiés à la Chambre, contrôlés, &c. Les payemens doivent être endossés au dos des Lettres de l’acquit-patent. On se sert aussi figurément de ce mot dans la conversation. À combien d’acquits-patens il a mis votre liberté, Bussi.

AcQUITER. v. act. Payer une dette. Solvere. J’ai acquitté cette promesse, cette obligation. On dit, acquitter des lettres & billets de change, des promesses, des obligations ; pour dire, les payer.

Acquitter, signifie aussi, libérer, décharger d’une hypothèque. Liberare ære alieno. J’ai acquitté ce fonds, je l’ai déchargé de toutes les dettes auxquelles il étoit hypothéqué. J’ai acquitté toute la succession de mon pere, elle est franche & quitte ; je me suis acquitté envers tous les créanciers.

On dit aussi, s’Acquitter envers quelqu’un ; pour dire, reconnoître par ses services les obligations qu’on lui a. Referre gratiam. Le trop grand empressement qu’on a de s’acquitter d’une obligation, est une espece d’ingratitude. Rochef. Rarement aime-t-on les gens à qui l’on est trop obligé ; & l’impatience de s’acquitter, si louable en apparence, n’est souvent qu’un dépit secret d’être trop longtemps redevable. Le Gend. La France entière a jour du fruit de ses travaux, & de ses exploits, (de M. le Maréchal de Luxembourg) mais la Normandie les a pour ainsi dire récompensés ; elle a été jugée digne d’acquitter la France envers ce Héros, & envers un fils qui lui a aidé à cueillir ces lauriers. M. Brunel.

Acquiter, se dit aussi en choses morales, en parlant des devoirs & des obligations de la vie ; c’est-à dire, y satisfaire, & les bien remplir. Officio, munere fungi. C’est un homme qui s’acquitte bien de tous les devoirs d’un chrétien, d’un ami. Il s’acquitte bien de son emploi, de sa charge. Chargez-le de cette harangue, de cette affaire, de cette négociation ; il s’en acquittera fort bien. En vérité on ne fait ici-bas que charger les comptes, & au lieu d’acquitter les dettes passées, l’on en contracte incessamment de nouvelles. Ab. de la Tr.

On dit aussi, acquitter un autre de ce qu’il doit ; pour dire, faire pour lui ce qu’il devroit faire lui-même.

Tandis que ce Roi surpasse,
Par mille faits inouis
Tous les Héros de sa race ;
Seule à nos yeux éblouis,
Elle acquitte le Parnasse
De ce qu’il doit à Louis.

On dit encore, s’acquitter de sa promesse, s’acquitter d’un vœu ; pour dire, accomplir sa promesse, accomplir un vœu. Il faut être régulier à s’acquitter de sa promesse. Il vaut mieux ne point faire de vœu, que de s’en acquitter mal.

Acquiter se dit proverbialement en ces phrases. Qui s’acquite s’enrichit. On dit par raillerie d’un homme qui a acheté une charge à crédit, qu’il s’acquite bien de sa charge, quand il prend de l’argent pour rendre la justice. On dit encore, il se ruine à promettre, mais il s’acquitte à ne rien tenir. Ces façons de parler sont extrêmement populaires.

ACR.

ÂCRE. adj. m. & f. La première syllabe est longue. Piquant, mordicant, qui fait une impression désagréable, comme les pommes, les poires, & les fruits sauvages, sur-tout quand ils ne sont pas mûrs. Acer. Les Médecins appellent âcre, tout ce qui brûle, ou écorche la langue. Cela arrive parce que les corps âcres sont composés de parties qui ont une surface âpre & raboteuse, ou qui ont des angles & des inégalités qui blessent, & qui écorchent les corps auxquels elles s’appliquent. Les Médecins distinguent deux sortes de saveurs acres ; l’une qui procède du chaud & du sec, comme dans le poivre : l’autre du chaud & de l’humide, comme dans l’ail.

Âcre, s’emploie quelquefois figurément en parlant d’un homme


dont les manières sont rudes & choquantes ; qui est aigre & mordicant dans ses expressions. Asper, acerbus.

Acre. s. m. La première syllabe est brève. Mesure de terre en usage particulièrement en Normandie, qui contient 160 perches. Acra. L’acre du bois est de 4 vergées, la vergée de 40 perches, la perche de 24 pieds, le pied de 24 pouces, le pouce de 12 lignes : mais tout cela differe selon les lieux. Voyez l’Ecole des Arpenteurs. C’est un Livre in-12. imprimé par les soins de M. de la Hire.

Dans un registre de la Chambre des Comptes il est dit que l’acre contient 4 vergées, dont il en faut deux pour l’arpent ; qu’une vergée contient 40 perches de terre, & chaque perche contient 24 semelles de pied. Chez les Anglois un acre contient quatre roods carrés, ou 160 perches carrées, ou 4840 verges carrées, qui font 43 560 pieds carrés. Harris.

Ce mot, selon Spelmannus, vient du Saxon acher, qui signifie ager, ou champ. Les Bollandistes sont de même sentiment. Act. Sanct. Jun. T. IV. p. 574. Fév. Saumaise tient qu’il vient du mot acra, qui a été dit pour akena, qui, selon Héron, étoit une mesure de terre des anciens de dix pieds.

Acre, ou S. Jean d’Acre. Aca, Ace, Accon, Ptolemaïs. Ville de Syrie, sur les confins de la Phénicie & de la Palestine, sur un petit golfe de la Méditerranée, où elle a un assez bon port. L’Empereur Claude y envoya une Colonie ; c’est pour cela qu’elle fut nommée Colonie de Claude. Colonia Claudia. Sa situation avantageuse la rendit célébre sous le regne des Princes croisés. Baudouin la prit sur les Sarrasins en 1101. Saladin la reprit sur les Chrétiens. Philippe Auguste & Richard I, Roi d’Angleterre, la reprirent en 1191. Tant de Princes eurent part à cette conquête, qu’elle fut divisée entre eux en dix-neuf quartiers, ce qui causa bien des dissentions. Enfin, elle retomba au pouvoir des Sarrasins, qui la ruinerent entièrement, de sorte qu’elle ne s’en est point relevée. On prétend que ce nom est une corruption de celui que lui donna Hercule ; c’est-à-dire, d’Ace, ou Acon. Ptolomée Philadelphe dans la suite la fit appeler Ptolémaïde.

Et tout ce qu’a Sidon de brave & de galant,
Tout ce qu’Acre a de noble avec eux s’enrollant,
Est venu prendre part sous Alphonse à la gloire
D’aller où vos drapeaux conduiront la victoire.

P. Le Moine.

ÂCRETÉ. s. f. Qualité de ce qui est âcre, qui pique la langue. Acrimonia. Quand les arbres sont greffés, les fruits qu’ils portent perdent beaucoup de leur âcreté. Les fruits que produisent les terres fortes & un peu grasses, sont plus long-temps à perdre la dureté, l’âcreté & l’insipidité ; défauts dont deux ou trois mois de serre achevent de les guérir. La Quint.

ACRIDOPHAGE. s. m. & f. Acridophagus. Ce nom vient du Grec ἀϰρὶς Sauterelle, & φάγω, je mange ; & signifie, qui vit de sauterelles. C’est le nom d’un peuple d’Ethiopie, voisin des déserts. Au printemps les Acridophages font provision d’une espèce de grosses sauterelles, qu’ils salent pour toute l’année, n’ayant point d’autre nourriture, parce qu’ils sont éloignés de la mer, & qu’ils ne nourrissent point de bétail. Les Acridophages, dit on, ne passent guère quarante ans, & meurent consumés d’une vermine ailée qui s’engendre de leur corps. Voyez S. Jérôme contre Jovinien, L. 2. & sur S. Jean, C. 4. Diodore de Sicile, L. 3. C. 3 & 29, & Strabon, L. 16. Pline met aussi des Acridophages dans la Parthie, & S. Jérôme dans la Lybie. Quand ce qu’on dit d’ailleurs de ces peuples seroit fabuleux, l’acridophagie pourroit être vraie ; & encore aujourd’hui on mange des sauterelles en bien des endroits de l’Orient.

Tout cela rend plus probable, & presque certain, le sentiment de ceux qui croient que ce sont des sauterelles dont S. Jean vivoit dans le désert, & que c’est-là ce qu’il faut entendre par ἀϰρίδες, en S. Matth. C. 3, v. 4. Au Levit. C. xi. v. 22, un des animaux qu’il est permis de manger aux Israélites, est appelé par les Septante ἀϰρίδα, & par S. Jérôme locusta. Il s’agit là d’animaux, & les Septante n’ont assurément pû entendre par ἀϰρίδα une espèce de légume, ou la pointe des branches des arbres. Et c’étoit sans doute une pénitence bien austère, que de ne manger, comme le S. Précurseur, que des sauterelles & du miel sauvage. Licophron, ancien Poëte, & Aristophane, parlent des sauterelles comme de la nourriture la plus vile, & Théophilacte en parle comme de celle des paysans. Enfin, Ælien, de Hist. Animal. dit que l’on mangeoit des cigales, qui sont une espèce de Sauterelles. On ajoute encore, que ἀϰρίδες ne sont pas les pointes des branches tendres des arbres, c’est ἀϰρόδρυα. C’est ainsi que S. Epiphane les appelle. Il faut cependant convenir qu’Isidore de Péluse, qui écrivoit proche de la Palestine, parlant dans sa 132e Lettre de cette nourriture de S. Jean, dit que ce ne sont point des animaux ; & qu’il taxe même d’ignorance ceux qui le disent, {{lang|grc|ὀυ ζῶὰ


ἐστιν,