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sibilité. Dans le Traité de l’Examen, votre but à été de prouver que l’examen de la Religion, tel que vos freres le veulent prendre sur eux, & tel qu’il seroit nécessaire par leurs principes, est impossible aux uns, difficile aux autres, inutile à tous, s’ils n’établissent une infaillibilité avec laquelle il ne sera plus besoin d’examen. Peliss.

A signifie, successivement : Pas à pas. Il se sent mourir peu à peu. Il signifie, avec : Je l’abandonne à regret. Les douleurs à grand bruit sont d’ordinaire suspectes d’affectation. M. Scud. Ce poste a été emporté à la pointe de l’épée. Peindre à l’huile.

A est plus élégant que par dans certaines phrases. Il ne faut point se laisser prendre à l’apparence, ni à l’éclat trompeur des grandeurs humaines Flech. Ne vous laissez pas conduire à vos passions. A signifie, selon : à mon avis.

A, cette lettre s’emploie aussi fort souvent pour marquer ce que l’on possède. C’est un homme à carrosse, à équipage.

A, préposition, se met aussi devant l’infinitif des verbes ; en quoi la Langue Françoise diffère de la Latine, & ressemble à la Grecque, & aux Langues Orientales, ainsi que nous le montrerons au mot Préposition.

A se met quelquefois absolument devant l’infinitif de quelques verbes, sans être précédé d’aucun nom qui soit ou exprimé, ou sousentendu, & alors il se peut résoudre par le gérondif. A voir ses airs dédaigneux ; à dire le vrai, cependant, l’opinion de Calvin ainsi adoucie, ne renferme pas moins une contradiction formelle. Peliss. A tout prendre l’assemblage de ses traits, qui sont beaux en détail, ne fait point une belle personne. Fonten. C’est comme si l’on disoit, en prenant tous ses traits ensemble. Passer tranquillement la nuit à bien dormir, & le jour à rien faire. Boil. Il y a aussi des occasions où il se peut résoudre par quand, ou lorsque. A ne prévoir rien on est surpris, & à prévoir trop on est misérable. S. Evr. A raconter ses maux souvent on les soulage. Corn. Il se met aussi devant l’infinitif de quelques verbes sans être précédé d’aucun nom exprimé ; il y est seulement sousentendu : & en ce cas il se peut résoudre par le terme de quoi. Donnez-moi à manger. Servez-nous à dîner. A se met encore devant l’infinitif au lieu de pour. Je suis homme à ne contraindre personne. Mol. Il est d’humeur à se moquer de tout. A bien prendre la chose. A ne point mentir. Il a aussi la même signification de pour devant quelques substantifs, comme, Prendre Dieu à témoin, Prendre quelqu’un à partie.

A se met encore devant l’Infinitif des Verbes, avec un nom substantif, & signifie quelquefois ce que l’on doit observer. C’est une chose à taire : & quelquefois il désigne à quoi une chose est propre, ou à quoi elle est destinée : Bois à brûler : Cela est bon à manger.

A se met devant les noms, comme préposition, & signifie vers, ou du côté de. Je me tournai à trois ou quatre Chevaux-Legers. Bussy.

A est quelquefois préposition, mais rarement. Il est à la ville, aux champs. Cela est à la mode.

On dit aller à Rome, quand on fait le voyage de Rome. Mais quand on est à Rome, il faut dire aller dans Rome. Les Ambassadeurs vont dans Rome avec un grand équipage. Bouh. Quand il s’agit d’une simple demeure ou fixe, ou passagere, on dit à Paris : mais s’il s’agit d’autre chose, il vaut mieux dire dans Paris. Il s’est fait un meurtre dans Londres. On dit, aller à la Chine, aller au Japon, au Péloponèse, au Pérou, au Brésil, au Mexique, à la Caroline, & ainsi de la plupart des contrées de l’Amérique, contre la règle commune, qui veut qu’aux verbes de mouvement on mette en devant les noms de Province, ou de Royaume, qui sont le terme de mouvement, & à devant les noms de villes ou de petit lieu. Bouh. Cependant les François établis à la Chine & dans les Indes Orientales disent plus communément en Chine qu’à la Chine. Je n’ai pû trouver l’occasion de passer en Chine. Il y a quatre ans que je suis en Chine. Je ne prétends pas que cet usage doive prévaloir à celui qui est établi en France, de dire à la Chine, & non pas en Chine : j’avertis seulement d’un fait certain, sur lequel on fera telle réflexion qu’on jugera à propos. Quelques Grammairiens ont prétendu que A est le plus souvent adverbe, non seulement de temps & de lieu, comme, il vint à une heure imprévûe aborder à terre ; mais encore qu’il se joint à presque toutes les phrases adverbiales. Malheur à nous si nous consacrons ces victimes purifiées à la hâte, & sur le point de recevoir le coup mortel. Flech. Être à couvert, Vivre à discrétion, &c. Car si on y


prend garde de près, disent ces Auteurs, la plupart des exemples qu’on donne de son usage pour marquer la préposition, se réduisent à l’article du datif. Mais ce sentiment est faux, & contraire à ce que l’on a établi ci-dessus touchant l’usage de l’a dans la déclinaison des noms. Dans tous les exemples qu’on vient de rapporter ici, il est vrai que la phrase entière est une phrase adverbiale, c’est-à-dire, une manière de parler, qui équivaut à un adverbe ; mais il n’est pas vrai que l’a qui en fait partie soit un adverbe : c’est une véritable préposition. La preuve en est claire, tout adverbe signifie quelque chose tout seul, par lui-même, & indépendamment de ce qui précède ou de ce qui suit, au lieu que dans ces phrases l’a ne signifie rien de lui-même, & s’il n’est joint à ce qui suit, comme toutes les autres prépositions.

A est souvent une particule indéclinable, ou préposition, qui sert à la composition de plusieurs mots, & qui augmente, diminue, ou change leur signification. Quand elle s’y joint, quelques Ecrivains redoublent la consonne ; comme Addonner, Affaire, Attrouper : d’autres retranchent cette seconde consonne comme étant inutile & superflue.

Il seroit difficile de déterminer tous les différens usages de la préposition ou de la particule à. On les remarquera dans la suite : il s’en présentera des exemples presqu’à toutes les pages.

A est la marque de la Monnoie de Paris. A est dans le Calendrier Romain la première des sept lettres qu’on nomme dominicales, comme elle étoit dans l’ancien Calendrier, avant l’établissement du Christianisme, la première des huit lettres nundinales. Un grand A au revers des Médailles est la marque de la Monnoie d’Argos.

L’A a servi à quelques devises. Un A avec ce mot Latin, Ordine potior ; c’est-à-dire, le premier en ordre pour marquer, dit l’Abbé Picinelli, que la Foi & le service de Dieu, qui s’est appellé Alpha & Omega, sont les choses du monde les plus précieuses, & qui doivent passer avant tout le reste. Un Italien, à la mort de sa femme, prit pour devise un A & un C, avec ces mots Neutra juvabitni l’un, ni l’autre ne servira ; peut-être, dit l’Abbé Ferro, dans son Théatre de Devises, pour marquer que la puissance humaine ne pouvoit rien là.

A A. C’est le nom de plusieurs petites rivières ; les unes dans les Pays-Bas, d’autres en Westphalie, d’autres en Suisse, en Allemagne, en Livonie. Ce nom a été donné à toutes ces rivières, à cause de sa signification. Originairement il est Grec ; Αα, dans Hésichius, signifie Amas d’eau. D’Αα s’est fait Ααα, en ajoûtant un α, de même que de σπέζ s’est formé specus. De Ααα est venu le nom Latin aqua, d’où s’est formé en François d’abord aque, & ensuite Aigue, qui nous restent encore l’un & l’autre dans quelques noms propres de lieux, comme Aigues, nom de plusieurs villes de Gascogne ; Aigues-belles, Aigues-caudes, Aigues-mortes, Aigues-perses, &c. De-là enfin est descendu le nom eau en usage aujourd’hui ; en retranchant le α, comme il avoit été ajoûté d’abord.

A A A Les Chymistes se servent de ce signe pour signifier, Amalgamer, Amalgamation, & Amalgame. Voy. Amalgamer.

A subst. C’est le nom d’une petite rivière de France, qui a sa source proche de Fontaines en Sologne, & qu’on appelle A parce qu’assez près de sa source, elle forme une petite Isse qui a la figure d’un A. On l’appelle aussi Connon & Baignon.

A A. subst. C’est le nom de plusieurs rivières. Il y a apparence que c’est le nom général ou appellatif, qu’on a fait nom particulier & propre ; car, selon la remarque d’Icquez, ea en vieux Saxon veut dire eau  ; & aa en langue Islandoise veut dire rivière.

A A, ou A A S. subst. autrement fontaine des Arquebuzades. C’est une source d’eau vive dans le Bearn, laquelle est excellente pour la guérison des coups de feu. Davity.

AAHUS. Aahusum. Ville de l’Évêché de Munster. Ce nom vient d’Aa, petite rivière de Westphalie, sur laquelle cette ville est située, & de Haus, qui en Allemand signifie maison. Cette ville apparemment a commencé par quelques maisons bâties sur l’Aa.

AAR, ou AHR. s. Aara, Abrinca. Rivière d’Allemagne, qui a sa source dans l’Eiffel, traverse une partie du Diocèse de Cologne & du Duché de Juliers, & se décharge dans le Rhin, près de Lintz. Maty, 1712.

AAR, Arula ou Arola & non pas Arosa, comme on a imprimé dans Maty 1712. Grande rivière qui traverse toute la Suisse, depuis les confins du Valais jusqu’à la Suabe. Elle


Tome I.

A ij a sa