Page:Vaillant-Couturier - Députés contre parlement.djvu/123

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qu’ils disent d’ailleurs inévitable, il faut prendre un minimum de mesures dont ils suggèrent de longues, fastidieuses, prudentes listes.

Non. Rien. Nous ne voulons plus rien savoir. Nous n’avons plus le temps. Nous sommes payés de quatre cent milliards de dettes et deux millions de victimes pour ne plus nous faire d’illusions. Une force pousse au pire. Nul n’y résiste. Tous la servent. Nous savons que les élections donneront un Parlement de profiteurs. Nous savons que la gabegie continuera. Nous savons que le déficit crèvera. Nous savons que la diplomatie française s’obstinera à préparer le retour du Tzar et celui du Kaiser, insoucieuse de l’alliance qui s’amasse contre nous.

Nous avons le droit de prédire cela parce que le pessimiste le plus bilieux n’aurait jamais pu imaginer que moins d’un an après sa « victoire », la France, sous le triumvirat Clemenceau-Poincaré-Tardieu, serait aussi méprisée, bafouée, haïe qu’elle l’est de par le monde… et lamentable pourtant.

Non. Entre la caste dirigeante et nous, il n’y a plus rien, qu’un duel à mort. Et ne faites pas appel à notre patriotisme : c’est lui qui, plus fort que tout, exige de nous la révolution.

Croyez-vous donc que la violence nous séduise, nous qui revenons de la guerre ? Nous qui, autrefois pacifiques et comme étrangers à notre siècle, ne souhaitions rien de mieux qu’une vie sans lutte, une vie d’étude ? Croyez-vous donc que nous acceptions avec légèreté de cœur de telles responsabilités, lourdes à des épaules auxquelles le sac de soldat et les blessures ont déjà donné la courbe de la vieillesse ?

Mais quoi. Peut-on assister immobile à l’assassinat de la civilisation ? Vous avez peur de la révolution… Qui