Page:Valéry - Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, 1919.djvu/24

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avec nos besoins, et enfin de l’usage réfléchi que nous saurons en faire, — c’est-à-dire, — de la collaboration de tout l’homme.

Mais s’il est entendu que nos plus grandes lumières sont intimement mêlées à nos plus grandes chances d’erreur, et que la moyenne de nos pensées est, en quelque sorte, insignifiante, — c’est celui en nous qui choisit, et c’est celui qui met en œuvre, qu’il faut exercer sans repos. Le reste, qui ne dépend de personne, est inutile à invoquer comme la pluie. On le baptise, on le déifie, on le tourmente vainement : il n’en doit résulter qu’un accroissement de la simulation et de la fraude, — choses si naturellement unies à l’ambition de la pensée que l’on peut douter si elles en sont ou le principe, ou le produit. Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous.



Léonard de Vinci n’a pas de rapport avec ces désordres. Parmi tant d’idoles que nous avons à choisir, puisqu’il en faut adorer au moins une, il a fixé devant son regard cette Rigueur Obstinée, qui se dit elle-même la plus exigeante de toutes. (Mais ce doit être la moins grossière d’entre elles, celle-ci que toutes les autres s’accordent pour haïr.)

La rigueur instituée, une liberté positive est possible, tandis que la liberté apparente n’étant que de pouvoir obéir à chaque impulsion de hasard, plus nous en jouis-