Page:Vallès - L’Insurgé.djvu/256

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— Restez donc !

— On viendrait me prendre ici, voilà tout.

Elle rougit un peu. Nous sommes bien ensemble.

— Je vous cacherai chez moi, dit-elle, en frottant son museau qui embaume contre ma barbe qui empeste encore !

— Impossible ! Mais si je ne reviens pas, vous m’enverrez du linge. Et de l’eau de Cologne… beaucoup d’eau de Cologne ! Merci d’avance !


Mon concierge m’a prêté cinq francs.

Cinq francs ! J’avais vidé mes poches et laissé tout ce que j’avais entre les mains du caissier de la nuit — même ce qui était à moi. Avec cent sous, je puis attendre les événements !


Me voici dans la cour, où je suis entré sans sabre, et comme dans une prison, cette fois.

La grille s’est refermée sur l’ordre d’un commandant, que je n’ai pas vu pendant la bagarre, et qui arrive maintenant que je suis perdu.

C’est vrai pourtant qu’il a cru que je voulais le faire fusiller, le malheureux !

Et c’est le frère de Victor Noir même, celui qui me reçut au lit de mort de son cadet, tiède encore, c’est celui-là qui prend contre moi la parole, m’interpelle et m’accuse, devant des hommes de garde que je reconnais pour appartenir à un bataillon qui a un bonapartiste pour chef.