Page:Vallès - L’Insurgé.djvu/70

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boulevard et les mansardes du quartier Latin. Les sans-le-sou ont reconnu un des leurs, les bohèmes ont vu le gouffre, j’ai sauvé de la fainéantise ou du bagne un tas de garçons qui y couraient, par le sentier que Murger a bordé de lilas !

C’est toujours ça !

J’aurais pu rouler là-dedans, moi aussi !

J’en ai le frisson, quand j’y pense — même sous le rayon de ma jeune gloire !


Ma jeune gloire ? Je dis cela pour me rengorger un peu, mais, vraiment, je ne me trouve guère changé depuis que je lis, dans les journaux, qu’un jeune écrivain vient de naître, qui ira loin.

J’ai eu plus d’émotion à ma conférence ; j’ai été autrement secoué, les jours où il m’a été donné de parler au peuple. J’avais à jeter l’émotion, minute par minute, dans des cœurs qui palpitaient là, devant moi ; pour entendre leur battement, il me suffisait de pencher la tête, je pouvais voir flamber ma parole dans des yeux qui fixaient les miens et dont le regard me caressait ou me menaçait… c’était presque la lutte à main armée !


Mais ces gazettes que voilà sur ma table — comme des feuilles mortes ! — elles ne frémissent pas et ne crient point !

Où donc le bruit d’orage que j’aime ?


J’ai plutôt honte de moi, par moments, quand