Page:Variétés Tome VI.djvu/152

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Qu’à l’instant mesme un autre le galope,
Comme scachant par un naturel soing
Qu’il auroit tost de son ayde besoing,
Dont le premier, herissant son plumage,
Commence un vers en son petit ramage,
D’un air si gay qu’il sembloit à l’ouïr
Qu’il ne chantoit que pour me resjouyr ;
Et le second aux poincts de la musique
Luy respondoit cantique après cantique
Si doucement qu’on eût dit qu’en ce lieu
Se devoit faire un miracle de Dieu,
Et que Dieu mesme avoit pour ceste feste
Fait assembler une troupe celeste
D’anges chantant, en semblance d’oiseaux,
Sa saincte gloire entre ces arbrisseaux :
Car il n’y a ny jeu, ny bal, ny troupe
De corps humains, ny sur l’humide croupe
Des flots salez Triton, ny ceste voix
Qu’on attribue aux filles d’Achelois16,
Ny cor ny luth, ny tout ce que l’on touche
Par art subtil des mains et de la bouche,
Qui peut donner, selon mon jugement,
Plus de plaisir et de contentement
Que ces oiseaux, loing du bruit populaire,
M’en ont donné dans ce bois solitaire,
Bois où j’eus fait un bien plus long sejour
Sans que je vis le beau char mène-jour,
En s’abaissant vers l’onde marinière,
Presque à demy de sa demy-carrière.
De quoy marry, et prevoyant par là



16. Les Sirènes, filles d’Acheloüs.