Page:Variétés Tome VI.djvu/158

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En regardant son beau visage uny,
Son teint sans fard, ses cheveux d’or bruny,
Son corps parfait, sa contenance telle
Que le maintien d’une fille immortelle,
Pour luy respondre et ne luy rien celer
De ce qu’ailleurs je n’oserois parler,
Je dis ainsi (en voix de pleurs suivie) :
Si je pouvois gaigner ma pauvre vie
Dans un desert, je serois beaucoup mieux
Entre des rocs qu’entre des envieux,
Car en ce lieu je ne verrois le riche
Envers le pauvre estre cruel et chiche,
Ny les paysans à toute heure poussez
Dans la taverne et dans plusieurs procès
Par des tyrans et gens qui veulent estre
Fort estimez sans se faire cognoistre
En rien, sinon qu’en science profonds
Pour s’acquerir injustement des fonds.
Je ne verrois en si rude contrée
Ceux que je vois soubs le manteau d’Astrée,
Lesquels, en lieu de rendre à nos tabus
Le droit escrit, commettent tant d’abus
Que la raison, souvent comme en desroutte,
Veut et permet de faire banqueroutte
À ceux qui sont, par defaut sur defaut,
Si molestez que tout bien leur defaut,
Car, sans mentir, quand une chère année,
Sterile en blé, nous est du ciel donnée,
C’est en ce temps qu’un esclave enchainé
Parmy les Turcs n’est pas plus mal mené
Qu’ils sont, helas ! sans esperance aucune
De pouvoir vivre, à faute de pecune,