Page:Variétés Tome VI.djvu/164

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Et que, chargé au declin de mon aage
Au pardessus de mes force et courage,
Je suis reduit en tel estat de corps
Que je n’envie au monde que la mort.
Et pleust à Dieu, ô Muse bien heureuse !
Que ceste mort invisible et fascheuse,
Qui va par tout sans crainte et sans esgard,
Fust desjà preste à me tirer son dard,
Ou que Dieu mesme à la mortelle escorce
De ma pauvre ame eut donné plus de force :
Non ceste force où soubs trop de roideur
L’ambition augmente son ardeur
Après le lucre, ou à prendre les armes
Pour en avoir, quand Mars, par ses alarmes,
Enfle le cœur, et revestir le corps
Des hommes vains d’un fer qui par dehors,
Grisé, ressemble à un monstre effroyable,
Qu’armé d’escaille en la mer navigable,
Fait, sans rien craindre, aux troupeaux de Tethys
Ce que souvent les grands font aux petits ;
Mais seulement que mon corps miserable
Avec la force eust le desir durable
De supporter, en ce temps desbauché,
L’affliction, et non pas le peché,
Et d’estre aussi, à la dernière atteinte
Où le destin rendra ma vie esteinte,
Exempt d’avoir jusques au moindre pas
Marché ça bas sans reigle et sans compas.
Alors je n’eus presqu’achevé de dire
Ces mots ainsi, que j’aperçeu sous-rire
Ceste deesse en habits precieux,
Et quant et quant s’en remonter aux cieux ;