Page:Verhaeren - Contes de minuit, 1884.djvu/54

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sur une ritournelle foraine ; les raclements de violon éclataient en rires faux, grinçants, en rires de scie.

Aux premières mesures d’une marche étrange, très à la mode, il se fit un remuement dans la décoration de la rotonde. Cette marche avait en elle on ne savait quoi de mystérieux. Elle se jouait dans les pantomimes et les ballets, dès qu’il fallait évoquer des ombres, animer des morts, rendre mouvante l’immobilité des choses. C’était comme un appel au dégourdissement, à la résurrection. La Belle au Bois dormant l’avait sans doute entendue. Peu à peu, les trophées de plumes peints sur les panneaux supérieurs s’agitèrent, les dieux indiens, assis sur des trépieds d’or, décroisèrent leurs jambes, et lentement, d’après les balancements de la cadence, se mirent à danser dans le vide.