Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/113

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touchiez du doigt le cynisme, l’astuce, la perfidie, la bassesse, l’aveuglement de la Régence, ces lettres, je vous les livre. Toutes furent accompagnées de démarches pressantes, toutes étaient le prologue de sollicitations plus ardentes, toutes ne renfermaient que l’ombre des infamies qu’éclairaient les démarches personnelles. Ce qu’on n’osait écrire, on le disait ; ce qu’on n’osait consigner, on le confiait ; ce qu’on n’osait formuler, on le sous-entendait. On revenait à la charge, après chaque échec subi ; on répondait aux refus par des offres plus larges. À la fin, on abdiquait tout orgueil. Je n’aurais eu qu’à faire un geste, qu’à ouvrir cette main, pour saisir toute la puissance et personnifier, à moi seul, tout le passé. Ah ! vraiment je m’admire moi-même, en songeant avec quelle violence ce poing là est resté fermé.
Et maintenant ces lettres, lisez-les vous-mêmes, (il les jette vers la foule). Commentez-les, partagez-les, répandez-les aux quatre vents d’Oppidomagne. L’immense ruine de la Régence s’y étale. Vous comprendrez tout. Quant à moi je mets toute ma sécurité dans l’imprudence folle de me désarmer ; je me perds à tout jamais, volontairement,