Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/30

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À fait des croix, au Sud, au Nord.
Voici l’heure des Corbeaux Rouges.

Ils s’acharnent sur les maisons
Les ongles fous et les ailes grandies
Et leurs plumes aux horizons
Se hérissent en incendies.

Si terribles et si nombreux
Arrivent-ils des bruyères profondes,
Qu’on les dirait les envoyés des feux
Qui circulent autour du monde.

L’épouvante s’accroche au vol
Silencieux de leur mystère ;
Leur bec déchire et ravage le sol,
Pour y ronger, pour y manger,
Pour y fouiller, jusques au cœur, la terre.

Les semences meurent qu’on a semées
Et les meules, — et leurs flammes volantes
Et fuyantes, là-bas, vers le couchant, —
Apparaissent, dans les fumées,
Comme un galop de cavales en sang.