Page:Verhaeren - Les Héros, 1908.djvu/60

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
47

Il vivait de silence actif. Il était roi.
Il méprisait l’orgueil et la pompe et l’arroi ;
Son âme solitaire, embusquée et subtile,
Dardait sa volonté infiniment ductile.

Vers les trames les plus fortes, il dirigeait,
Adroitement, les fins ciseaux de ses projets,
Coupant les fils serrés, tranchant les nœuds tenaces
Des plus fermes accords, des plus larges menaces.

Il était miel et glu, avant d’être poison ;
Chacun de ses palais se creusait en prison.
Quand il buvait la vie, à coupe ardente et pleine,
Sa lèvre au lieu d’amour y dégustait la haine.

À la chandelle, au soir, sur un siège de bois.
Il parlait de son bien, certes, comme un bourgeois ;
Mais plus qu’aucun des rois que les gloires fleuronnent,
Ses yeux s’hallucinaient des feux de sa couronne.