Page:Verhaeren - Les Tendresses premières, 1904.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Si bien que l’eau semblait un morceau de soleil
Tombé du ciel et enfoncé dans les verdures ;
De la mousse bronzée et de pâles roseaux
L’entouraient d’une large et vivante bordure,
Tandis que fins et verts et tels que des ciseaux,
Mille insectes en sillonnaient, avec leurs pattes.
La surface immobile et la lumière plate.


Un plongeon clair !
Et tout à coup, comme un grand cri dans l’air,
Le corps s’enfonçait droit dans la mare éclatante.
Il s’y dardait comme un faisceau ;
Et des bulles rondes et miroitantes
Brillaient, autour de lui, jusques au fond de l’eau.
Il émergeait rapide et souple ;
Un flot tumultueux ourlait d’écume et d’or
Subitement les bords ;
Et les autres nageurs, main dans la main, par couples,
Au loin, là-bas, partaient rejoindre le plongeur.


Et d’autres fois, c’était une mêlée
De gestes fous, de sauts brusques, de cris rageurs,
De jambes et de bras battant l’eau violée :
On eut dit un assaut

77