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LES VILLAGES ILLUSOIRES

Ira porter la joie égale aux résignés ;
Les sacs ventrus de l’or seront saignés
Un soir d’ardente et large équité rouge ;
Disparaîtront palais, banques, comptoirs et bouges ;
Tout sera simple et clair quand l’orgueil sera mort,
Quand l’homme au lieu de croire à l’égoiste effort
Qui s’éterniserait en une âme immortelle,
Dispensera vers tous sa vie accidentelle ;
Des paroles qu’aucun livre ne fait prévoir
Débrouilleront ce qui parait complexe et noir ;
Le faible aura sa part dans l’existence altière
Devenue ample, et digne et bonne — et la matière
Confessera peut-être un jour ce quifut Dieu.

Avec l’éclat de cette lucide croyance
Dont il fixe la flamboyance
Depuis des ans, devant ses yeux,
Dans le village et le soir lourd,
Le forgeron énorme et gourd,
Comme s’il travaillait l’acier des âmes,
cMartèle à grands coups pleins, les lames
Immenses de la patience et du silence.

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