Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/139

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LES PORCS


Des porcs, roses et gras, les mâles, les femelles,
Remplissaient le verger de leurs grognements sourds,
Et couraient par les champs, les fumiers et les cours,
Dans le ballottement laiteux de leurs mamelles.

Près du purin, barré des lames du soleil,
Les pattes s’enfonçant en plein dans le gadoue,
Ils reniflaient l’urine et fouillaient dans la boue,
Et leur peau frémissait sous son lustre vermeil.

Mais Novembre approchant, on les tuait. Leur ventre,
Trop lourd, frôlait le sol de ses tétins. Leurs cous,
Leurs yeux, leurs groins n’étaient que graisse lourde, et d’entre

Leurs fesses on eût dit qu’il coulait du saindoux :
On leur raclait les poils, on leur brûlait les soies,
Et leurs bûchers de mort faisaient des feux de joies.