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poèmes


En pointe et les regards en l’air et trépassés
Et repartis chercher ailleurs les autres morts.

Chercher ? Et les cierges les conduisent ; les cierges
Pour les charmer et leur illuminer la route
Et leur souffler la peur et leur souffler le doute
Aux carrefours multipliés des chemins vierges.

Ils ne trouveront point les morts aimés jadis,
Ni les anciens baisers, ni les doux bras tendus,
Ni les amours lointains, ni les destins perdus ;
Car les cierges ne mènent pas en paradis.

Ils s’allument dans le silence et les ténèbres,
Avec le grésil bref et méchant de leur cire
Et se moquent — et l’on entend gratter leur rire
Autour des estrades et des cartels funèbres.

Ongles pâles dressés sur des chandeliers d’or !