Page:Verhaeren - Poèmes, t1, 1895, 2e éd.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



90
poèmes


Nous nous écoutons ne rien dire.

Et je rêve de vie absurde et l’heure expire.

Par la croisée ouverte à l’air, des araignées
Tissent leur tamis gris, depuis combien d’années ?

Saisir le va-et-vient menteur des sequins d’or
Qu’un peu d’eau de soleil amène au long du bord,
Lisser les crins du vent qui passe,
Et se futiliser, le cœur intègre,
Et plein de sa folie allègre,
Regarder loin, vers l’horizon fallace,
Aimer l’écho, parce qu’il n’est personne ;
Et lentement traîner son pas qui sonne,
Par les chemins en volutes de l’inutile.
Être le rais mince et ductile
Qui se repose encor dans les villes du soir,
Lorsque déjà le gaz mord le trottoir.
S’asseoir sur les genoux de marbre
D’une vieille statue, au pied d’un arbre,
Et faire un tout avec le socle de granit,
Qui serait là, depuis l’éternité, tranquille,
Avec, autour de lui, un peu de fleurs jonquille.
Ne point saisir au vol ce qui se définit ;