Page:Verhaeren - Rembrandt, Laurens.djvu/124

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Vieille femme se coupant les ongles (collection Rodolphe Kann, à Paris), et surtout l’admirable Nicolas Ruts (collection Pierpont-Morgan) et le Jean Six à la fenêtre (Musée Bonnat, à Bayonne).

Rembrandt célèbre et glorifie chaque modèle qu’il peint. L’art du portrait devient, grâce à son génie, l’art des apothéoses. Aucun artiste ne l’a compris de façon plus personnelle et plus étrange. Le modèle n’existe à ses yeux que pour autant qu’il lui fournit un sentiment ou une vérité profondément humaine à exprimer. Il ne lui supprime rien de ce qu’il lui paraît être.

Il accentue et approfondit, puis après, — et c’est sa plus évidente originalité, — il surnaturalise. Son Vieux Rabbin (collection Derby, à Londres) n’est pas seulement la gravité, la textualité, le dogme même, il est tout cela sublimé comme si Dieu lui-même lui avait imposé le devoir d’être tel. Le Portrait de Titus van Ryn (collection Rodolphe Kann) n’est pas seulement l’image d’un jeune homme ; il est la jeunesse, la vivacité, la souplesse ; bien plus, grâce à une sorte de lumière qui vient de lui, qui émane de son visage et de sa chair, il se manifeste comme une apparition de toute la gracilité de la vie.

Jamais Rembrandt ne cesse d’être une sorte de magicien qui peint. Qu’on examine ses portraits dont la réalité semble la plus fidèlement traduite, toujours, soit par un éclairage soudain, soit par un rayonnement émanant on ne sait d’où, soit par une surprise de tons ou de mise en page, l’évocation plutôt que la présence réelle du