Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, I.djvu/263

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Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre
Qui t’agite, c’est moi toujours ! il faut oser

M’aimer ! Oui, mon amour monte sans biaiser
Jusqu’où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre,
Et t’emportera, comme un aigle vole un lièvre,
Vers des serpolets qu’un ciel cher vient arroser.

Ô ma nuit claire ! Ô tes yeux dans mon clair de lune !
Ô ce lit de lumière et d’eau parmi la brune !
Toute celle innocence et tout ce reposoir !

Aime-moi ! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,
Car étant ton Dieu tout-puissant, Je peux vouloir,
Mais je ne veux d’abord que pouvoir que tu m’aimes.


IV


— Seigneur, c’est trop ? Vraiment je n’ose. Aimer qui ? Vous ?
Oh ! non ! Je tremble et n’ose. Oh ! vous aimer je n’ose,
Je ne veux pas ! Je suis indigne. Vous, la Rose
Immense des purs vents de l’Amour, ô Vous, tous

Les cœurs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux
D’Israël, Vous, la chaste abeille qui se pose
Sur la seule fleur d’une innocence mi-close.
Quoi, moi, moi, pouvoir Vous aimer. Êtes-vous fous[1]

  1. Saint Augustin