Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/214

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C

L’AIMÉE


Voici des cheveux gris et de la barbe grise.
Tu me les demandas en un jour d’enjouement
Pour, disais-tu, les encadrer bien gentiment
Autour de ce portrait ou ma « grâce » agonise.

Pauvre photo ! Mais j’y pense, il sera de mise,
Quand mes yeux fatigués se seront clos dûment
Et que la terre bercera son fils dormant,
Il sera de saison alors, chérie — exquise

Attention ! — de faire avec ces cheveux, teints
À cette barbe, teinte en boucles blondes, brunes
Ou telle autre nuance entre tant d’opportunes,

Faire, par un coiffeur de choix, sur des fonds peints
D’avance, le tombeau, lors pleuré sans astuce
Du jeune homme qu’il aurait fallu que je fusse.


Hôpital Broussais, 18 septembre 1873.