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élégies

Me tirer hors de moi, du bonhomme nouveau
Que dès lors me voici peindre l’idée en beau,
En rose, et me lâcher, mué tel dans la vie.
Ainsi le plan. Je méconnais. Fais et j’y fie…
D’ailleurs tu me connais aussi, trop plus que bien
Même et tout secret mien devient vite le tien.
C’est terrible et logique et je n’y peux qui vaille,
Mais il dépend de toi, sans effort ni trouvaille,
Absolument, étant donné moi rien qu’à toi.
Moi te croyant et t’adorant en toute foi,
Moi ta chose et ton bien qu’on pille et qu’on gaspille ;
Il dépend de toi, dis-je, étourdiment gentille
Et si drôle comme tu l’es lorsque tu veux,
Ou sombre en harmonie avec tes noirs cheveux,
Et sérieuse avec l’aide de tes yeux d’ombre,
Tes yeux où des pensers sans fin passent sans nombre
Si lumineux et si mutins quand il te plaît ;
Or il dépend de toi, je le répète, il est
Dans ta main, ta main preste et leste et, s’il faut, lourde,
D’assoupir, de magnétiser, de rendre sourde.
Aveugle et plus crédule encore que jamais.
Grâce au vrai bon vouloir indolent que j’y mets.
Toute velléité mienne de jalousie…
Va donc, surpasse-toi, sers-nous la mieux choisie
De tes ruses dans l’art joli de me duper.

Le mieux serait pourtant de ne pas me tromper.