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charles baudelaire

de la poésie de Baudelaire. Nous avons aujourd’hui à peu près formulé son esthétique.

Prochainement nous verrons cette esthétique à l’œuvre.


V


Ce qu’on remarquera dès l’abord, pour peu que l’on examine la confection des poèmes de Baudelaire, c’est, au beau milieu de l’expression du plus grand enthousiasme, de la plus vive douleur, etc., le sentiment d’un très grand calme, qui va souvent jusqu’au froid, et quelquefois jusqu’au glacial : charme irritant et preuve irrécusable que le poète est bien maître de lui et qu’il ne lui convient pas toujours de le laisser ignorer. (Recette : la poésie ne consisterait-elle point, par hasard, à ne jamais être dupe et à parfois le paraître ?) Pour vous convaincre de ce que je dis là, ouvrez au hasard les Fleurs du mal, vous tombez par exemple sur les Petites Vieilles, c’est-à-dire sur le poème à coup sûr le plus pénétrant, le plus ému du volume. — Ne triomphez pas encore, passionnistes. — Ce poème a un accent bien vivant, n’est-ce pas, quoique les