Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/228

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souvenirs


« Au temps de Lambert, evesque d’Arras, environ l’an onze cens et cinq, le peuple estant fort débordé et addonné à tous vices et péchez, la saison devint intempérée, et l’air si infect et corrompu, que les habitants d’Arras et des pays circonvoisins furent punis et affligez d’une étrange maladie, procédant comme d’un feu aidant qui brusloit la partie du corps atteinte de ce mal. Les médecins n’y pouvans aucunement remédier, plusieurs en mouroyent, aucuns avoyent recours à Dieu et aux Saints et se trouvèrent en grand nombre devant le portail de l’église de Notre-Dame en Cité, et à l’entour d’icelle, s’escrians, se lamentans et requérans ayde et secours.

« Or, come en mesme temps il y eut deux joueurs d’instrumens assez fameux et célèbres, desquels l’un demeuroit en Brabant, qui se nommoit Itier, et l’autre, nommé Pierre Norman, se tenoit au chasteau de Saint-Paul en Ternois, lesquels estoyent grands ennemis et s’entrechayssoyent, pour ce que le dit Norman avoit tué le frère de Itier. Ce nonobstant, la Vierge Marie en atour magnifique leur apparut séparément à chacun d’eux, le lundy en la nuiet, et, après avoir appellé l’un et l’autre par son nom, elle leur tinct tout le mesme discours disant : « Levez-vous et vous transportez vers la ville