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souvenirs

sot sur un intellectuel. Plus tard, je reconnus et saluai dans cette conduite pusillanime en apparence, une indifférence, un insouci des ambiances non sans sa fierté, une paresse plutôt noble, — de bon dandysme…

La vie, comme de juste, nous sépara, ou plutôt me sépara du Taciturne, car je ne me rappelle pas avoir, en ce temps de notre première jeunesse, échangé une seule parole avec son obsesseur. Un jour, par le plus grand des hasards, je rencontrai ce bon garçon, et, après les premiers mots de reconnaissance et de sympathie, je lui demandai s’il voyait toujours un tel.

— Ne m’en parle pas. Je ne sais par quel miracle me voici libre aujourd’hui. Le misérable me fréquente plus que jamais, m’abrutissant maintenant de ses gandineries, courses, crocket, cricket (la bicyclette ni le five o’clock ni les records n’étaient pas encore à la mode, sans quoi mon pauvre camarade en eût probablement vu de plus grises encore). Il connaît, dit-il, telle fille, marcheuse au Châlelet, et un directeur auquel il réserve un drame scientifique. Ô le monstre ! Il me passe parfois des envies de le tuer. Que de fois n’ai-je pas eu l’idée de le précipiter de la fenêtre mansardée de ma très haute chambre. Dernièrement, à l’étage du café des Variétés où je vais quelquefois, j’ai failli le pré-