Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/299

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souvenirs

tait. Sa voix plutôt basse montait, semblait monter jusqu’au ciel noir pour bientôt s’apaiser ainsi que son geste, comme ils enfilaient la rue de Lyon et l’avenue Daumesnil qu’ils arpentèrent très haut, toujours marchant très lentement. En somme, c’était plus triste qu’autre chose, trop triste même, car le peintre, pour se montrer moins lamentable et déplorable que le poète, témoignait, par son accent plus encore que par ses discrètes assez confidences, d’un malheur dans sa vie ou tout au moins d’une infortune non légère comme son âge encore tendre l’eût pu faire espérer. Mais le poète, ainsi que je viens de le marquer, était particulièrement pitoyable avec son interminable expansion. Ce qu’il disait était vraiment touchant, car c’était vrai et dit non sans une éloquence des plus pénétrantes, dans son décousu trop nature. Et le peintre, si jeune qu’il fût, s’était laissé convaincre à cette sincérité d’ailleurs absolue. Il calmait, conseillait, ô si pudiquement pour ainsi dire, encourageait sans charlatanerie aucune, était bon, voix douce et parole grave, mais combien caressante et plutôt encore sororale, on eût cru, que fraternelle, quoique de celle d’un frère elle eut le sérieux, la force et l’entrain.

Plusieurs fois il avait voulu, non lassé mais ayant pitié, faire entrer le pauvre poète dans