Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/302

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souvenirs

plutôt la gravité triste de ce jeune homme avait une haute, une fière source. Des délicatesses à l’infini, froissées, des simplicités, des candeurs, si belles, méconnues, que d’orages déjà, quelle âme en fleur que blessée !

La liaison était faite et bien faite, quand, à quelques jours de là, ils se réunirent de nouveau pour une grande course combien longue, grâce à la claudication du poète ! à travers maintenant le Paris diurne des rues Vivienne, des faubourgs Montmartre et Poissonnière et des grands boulevards riches, à la recherche de quelque argent, qu’on y devait à je ne sais qui des deux et ce fut parmi l’opulente trivialité de ces d’ailleurs ennuyeux parages bruyants et mal brillants, que, toute affaire cessant, permettez-moi, mon ami, d’ainsi caractériser l’absolu désintéressement de leur état d’esprit, ils agitèrent, ces pauvres ! le croiriez-vous, des projets.

— Dites donc, disait l’un, quand je pourrai me procurer palette, brosses et couleurs, que le diable m’emporte si je ne vous fais pas un beau, mais là, vrai de vrai, un beau portrait de votre tête !

— J’y pensais justement, riposta l’autre, en toute sincérité arrachée aux conjectures. C’est ça. Va pour le beau portrait. Et pas plus tard que…