Page:Verlaine - Les Poètes maudits, 1888.djvu/94

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74 LES POÈTES MAUDITS Plus de ces souvenirs qui m’emplissent de larmes, Si vivants que toujours je vivrais de leurs charmes ; Plus de famille, au soir, assise s’ir le seuil Pour bénir son sommeil chantant devant l’aïeul ; Plus de timbre adoré dont la grftce invincible Eût forcé le néant & devenir sensible ; Plus de livres divins comme effeuillés des cieux Concerts que tous mes sens écoutaient par mes yeux Ainsi n*oier mourir quand on n’ose plus vivre Ni chercher dans la mort un ami qui délivre ! O parents, pourquoi donc vos fleurs sur nos berceaux Si le ciel a maudit l’arbre et les arbrisseaux? Ciel! où m’en irai*-je Sans pieds pour courir ? Ciel ! où frapperai-je Sans clé pour ouvrir? Sous la croix qui s’incline à l’âme prosternée Punie après la mort du malheur d’être née ! Mais quoi ! dans cette mort qui se sent expirer Si quelque cri lointain me disait d’espérer, Si dans ce ciel éteint quelque étoile pâlie Envoyait sa lueur à ma mélancolie ?