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césar cascabel.

en revêtant ces chaudes fourrures, il fallait en garnir intérieurement les compartiments de la Belle-Roulotte, en couvrir les couchettes, en tapisser les parois et le plancher, afin de maintenir la chaleur développée par le poêle de la cuisine. D’ailleurs, on ne saurait trop le répéter, le détroit une fois traversé, M. Cascabel comptait passer les mois les plus rigoureux de l’hiver dans une de ces bourgades qui ne manquent point aux districts du sud de la Sibérie méridionale.

Enfin le départ fut fixé au 21 octobre. Depuis quarante-huit heures, le ciel très brumeux venait de se fondre en neige. Une vaste couche blanche faisait du large ice-field une plaine uniforme. Les pêcheurs de Port-Clarence affirmaient que la solidification devait s’étendre d’une rive à l’autre.

Du reste, on ne tarda pas à en être certain. Quelques trafiquants venaient d’arriver du port de Numana, et leur voyage s’était effectué sans obstacles et sans dangers.

Le 19, M. Serge apprit que deux des agents russes, qui se trouvaient à Port-Clarence n’avaient pas voulu attendre plus longtemps pour gagner le littoral sibérien. Ils étaient partis le matin même, avec l’intention de faire halte sur l’îlot Diomède pour achever le surlendemain le passage du détroit.

Ce qui fit faire à M. Cascabel cette réflexion :

« Voilà deux gaillards qui sont plus pressés que nous ! Ils auraient bien pu attendre, que diable ! et nous aurions volontiers voyagé de conserve ! »

Puis, il se dit que, sans doute, ces agents avaient craint d’être retardés en accompagnant la Belle-Roulotte, qui ne pourrait aller rapidement sur cette couche de neige.

En effet, bien que Vermout et Gladiator eussent été ferrés à glace, le lourd véhicule emploierait plusieurs jours pour atteindre le littoral opposé, en tenant compte du repos qui serait pris sur l’îlot Diomède.

En réalité, si ces deux agents avaient préféré devancer le comte