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césar cascabel.

Cascabel. Douze ans, leste comme un chat, adroit comme un singe, vif comme une anguille, un petit clown haut de trois pieds six pouces, venu au monde en faisant le saut périlleux — à en croire son père, — un vrai gamin par ses espiègleries et ses farces, prompt à la repartie, mais une bonne nature, méritant parfois des taloches et riant quand il les recevait, car elles n’étaient jamais bien méchantes.

On l’a remarqué, l’aîné des Cascabel se nommait Jean. Et pourquoi ce nom ? C’est que la mère l’avait imposé, en souvenir d’un de ses grands-oncles, Jean Vadarasse, un marin de Marseille, qui avait été mangé par les Caraïbes — ce dont elle était très fière. Évidemment, le père, qui avait cette chance de se nommer César, en eût préféré un autre, plus historique, plus en rapport avec ses admirations secrètes pour les hommes de guerre. Mais il n’avait pas voulu contrarier sa femme à la naissance de leur premier enfant, et il avait accepté le nom de Jean, se promettant bien de se rattraper, s’il lui survenait un autre rejeton.

C’est ce qui arriva, et le second fils fut nommé Alexandre, après avoir failli s’appeler Amilcar, Attila ou Annibal. Seulement par abréviation familière, on disait Sandre.

Après le premier et le deuxième garçon, la famille s’était accrue d’une petite fille, et cette petite fille, que Mme Cascabel aurait voulu appeler Hersilla, se nommait Napoléone, en l’honneur du martyr de Sainte-Hélène.

Napoléone avait alors huit ans. C’était une gentille enfant, qui promettait d’être fort jolie, et tint en effet, sa promesse. Blonde et rose, d’une physionomie vive et mobile, très gracieuse et très adroite, les exercices de la corde raide n’avaient plus de secrets pour elle ; ses petits pieds, posés sur le fil métallique, glissaient et se jouaient comme si la légère fillette avait eu des ailes pour la soutenir.

Il va de soi que Napoléone était l’enfant gâtée de la famille. Tous l’adoraient, et elle était adorable. Sa mère se berçait volontiers à cette idée qu’elle ferait un jour quelque grand mariage. N’est-ce pas