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famille cascabel.

nâtres, ses yeux ronds et bébêtes, son nez démesurément long, sur lequel il pouvait placer une demi-douzaine de besicles — grand effet de rire — ses oreilles écartées, son cou de héron, son maigre torse posé sur des jambes de squelette, en faisaient un être bizarre. D’ailleurs, il ne se plaignait pas, à moins que… — c’était la correction qu’il apportait généralement à son dire — à moins que la mauvaise chance lui donnât lieu de se plaindre. Au surplus, depuis son entrée chez les Cascabel, il s’était fort attaché à cette famille qui n’aurait pu se passer de son Clou-de-Girofle.

Tel était, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’élément humain de cette troupe de saltimbanques.

Quant à l’élément animal, il était représenté par deux braves chiens, un épagneul, très précieux à la chasse, très sûr à la garde de la maison roulante, et un caniche, savant et spirituel, destiné à devenir membre de l’Institut, le jour où il y aura un Institut pour la race canine.

Après les deux chiens, il convient de présenter au public un petit singe qui, dans les concours de grimaces, pouvait lutter non sans succès avec Clou lui-même, et, le plus souvent, les spectateurs eussent été fort embarrassés de savoir auquel des deux adjuger le prix. Puis, il y avait un perroquet, Jako, originaire de Java, qui parlait, bavardait, chantait et jacassait dix heures sur douze, grâce aux leçons de son ami Sandre. Enfin, deux chevaux, deux bons vieux chevaux, traînaient la voiture foraine, et Dieu sait si leurs jambes, un peu raidies par l’âge, s’étaient allongées à travers les chemins pendant des milles et des milles !

Et veut-on savoir comment s’appelaient ces deux excellentes bêtes ? Elles s’appelaient l’une Vermout, comme le vainqueur de M. Delamarre, l’autre Gladiator, comme le vainqueur du comte de Lagrange. Oui ! elles portaient ces noms illustres sur le turf français, sans avoir jamais eu la pensée de s’inscrire pour le grand prix de Paris.

Quant aux deux chiens, on les nommait : l’épagneul, Wagram, le caniche, Marengo, et l’on devine aisément à quel parrain ils devaient ces noms célèbres dans l’histoire.